FW : Votre enfance, et le rôle de votre mère, expliquent beaucoup des traits de votre amour, très tôt, pour le cinéma…
Gilles Jacob : Les femmes ont toujours une importance énorme dans ma vie et m’ont permis
de me forger mon caractère. Ma mère était une femme exceptionnelle qui
m’a permis de développer ma passion pour le cinéma alors que rien ne me
prédestinait à une carrière artistique. Elle a même été jusqu’à financer
la revue de cinéma (« Raccords ») que nous éditions quand j’étais en khâgne
à Louis le Grand. Sans doute a-t-elle facilité l’essor de cette aspiration
artistique qu’elle aurait voulu développer pour elle-même, mais c’était
trop tard, et à l’époque les femmes étaient soumises à leurs parents, puis
à leur mari. Ce n’est que vers la fin de sa vie qu’elle a conquis son indépendance
financière.
FW : Votre portrait d'Orson Welles en "démiurge visionnaire" est saisissant. Regrettez-vous l'époque des grands monstres sacrés de sa trempe ?
Gilles Jacob : Bien sûr ! J’ai toujours adoré les cinéastes et les écrivains visionnaires,
ce sont les plus intéressants et comme ils ont une sensibilité incroyable,
ils prédisent ce qui va arriver. Orson Welles, Eric Von Stroheim, Sternberg
que je décris aussi sont des personnages attachants et pittoresques. Je
ne regrette jamais d’époque particulière car je pense que toutes les époques
sont passionnantes, chacune à leur manière, mais il y a chez ces vieux
sages une fragilité, une solitude qui m’émeut. |