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A king and a clown
Si The King and the Clown cartonne à ce point au box-office - alors que pas une star coréenne n’y est à l’affiche -, c’est d’abord grâce à son intrigue peu commune. A son infernal triangle gay qui dans la Corée du 16e siècle, met la cour du roi dans tous ses états. Une histoire susceptible de plaire aux publics européen et américain. Tous les ingrédients sont réunis, la possession, la violence, la jalousie… Jang Saeng, clown mâle, n’est rien en effet, ni personne, sans sa partie féminisée, Gong Gil, son autre, clown travesti aux gestes délicats. La survie de ces deux amuseurs itinérants dépend de leur talent. Trop peut-être. Puisqu’ils sont condamnés à mort pour un sketch assez grivois jugé insultant par le roi Yonsan, resté dans l’histoire de la Corée comme un tyran notoire. C’est toutefois en le faisant rire que les deux clowns seront finalement pardonnés et autorisés, leur charme aidant, à rester à ses côtés à la cour. Le « ridicule » à la cour coréenne ne tue pas plus que celui de Versailles en son temps. Le tyran tombe amoureux de Gong Gil. Lee Jun-ik filme habilement la suite, le sang de Jang Saeng, qui rouge de jalousie, ne fait qu’un tour. Une relation à trois et un tableau de cour aussi naïf que burlesque qui fait que L’homme du roi (un des titres français du film) n’est pas un « Brokeback Mountain coréen. » La comparaison avec les deux cow-boys ne tient pas le jeu à trois entre le roi et les deux amuseurs. Couverts de soies colorées, de masques, les deux clowns sont des artistes. Aux sentiments s’entremêlant à leurs jeux de rôles.

Il est vrai que depuis la sortie du film, la Corée du Sud parle (un peu plus) en public, bien qu’avec gêne, de ses homos autrefois relégués au rang de caricatures. Une preuve parmi d’autres, en tout cas, que la Corée actuelle des papa Kim, qui ploie encore sous l’emprise des sectes, des religions et d’archaïsmes divers, n’est pas que prude. La jeunesse coréenne, la première à s’être émancipée de son héritage bien lourd à porter (domination chinoise, guerres du Japon, occupation nipponne, dictature militaire…) a été la première à filer au cinoche s’amuser des mœurs libérés de son ancien royaume.
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