Rencontre
Chitose Hajime : la voix du siecle
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Le duo francais Deep Forest (Eric Mouquet et Michel Sanchez) est en concert
depuis une heure lorsque, pieds nus et paree d'un long drape soyeux blanc
ivoire, la jeune chanteuse entre en courant sur la scene de l'Akasaka Blitz,
a Tokyo. La foule est surexcitee. Au Japon, ou elle a deja vendu trois
millions d'albums, chaque apparition de Chitose Hajime provoque le delire,
entretenu par une puissante voix hors norme et des mouvements de corps,
categorie buto. ≪Une voix comme la sienne apparait au Japon tous les cent
ans≫, entend-on ici.
Timide. Discrete, timide, la nouvelle diva J-Pop cultive les paradoxes.
Dans l'univers du pop nippon, cette antilolita perpetue un genre disparu
: le shimauta, litteralement ≪ la chanson des iles ≫. Adule jadis dans
les chapelets insulaires du Kyushyu, de Kagoshima et Okinawa, le shimauta
a connu son age d'or du XIVe au XIXe siecle. Puis il est revenu en force
en 1990 grace au tube du groupe The Boom.
Chitose Hajime est nee il y a vingt-quatre ans dans ces iles, theatre de
durs combats pendant la guerre, ou on vit de la culture de la patate douce
et de la canne a sucre. Elle a d'abord remporte les concours folks locaux
et maitrise le shamisen (instrument a trois cordes). Quand elle parle de
son enfance, on pense au dernier conte anime de Miyazaki. ≪Je n'ai pas
senti le poids de l'histoire et j'ai eu la chance de grandir sur une ile
paisible, empreinte de couleurs et de traditions. Autour de moi, c'etait
simple, les relations etaient fondees sur l'entraide.≫
*suite |
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